Lignée du projet

Les quatre piliers du projet

1. La Bibliothèque Humaine et l'archive communautaire

Le projet Tasdawit s'inspire du concept de "Bibliothèque Humaine" (Human Library), né dans les pays anglo-saxons. L'idée est simple : chaque individu est un livre, et son récit est un savoir.

Exemples du modèle anglo-saxon :

The Human Library Organization (Danemark, essaimée mondialement)

  • Fondée en 2000 à Copenhague, elle a inspiré des milliers d'événements en Grande-Bretagne, aux États-Unis et au Canada
  • Le concept : des "livres vivants" — des personnes issues de communautés marginalisées, de cultures différentes, de parcours remarquables — se rendent disponibles pour des conversations individuelles
  • Exemple : Un immigrant britannique d'origine pakistanaise, une femme trans, un sans-abri devenu entrepreneur — chacun devient une "histoire à emprunter"

StoryCorps (États-Unis)

  • Fondée en 2003, c'est un projet d'enregistrement de récits de vie à grande échelle
  • Plus de 500 000 histoires archivées dans la Library of Congress
  • Principe : deux personnes s'assoient face à face et enregistrent une conversation intime sur leur vie
  • Impact : transforme chaque citoyen en gardien de la mémoire collective

Nous nous inscrivons dans cette tradition des archives communautaires, où ce n'est pas l'État qui décide de ce qui est "historique", mais les citoyens et les familles eux-mêmes.

2. La vision de l'Âme : l'héritage de Chico Xavier

Le désir de "voir les vies vécues" trouve un écho profond dans la philosophie spirite, et notamment dans l'œuvre de Chico Xavier.

Cette approche nous enseigne que chaque existence laisse une trace lumineuse et que le récit de vie est une forme de communion entre les mondes. Ici, la technologie devient l'instrument qui permet de rendre ces "vies vécues" visibles et audibles pour ceux qui restent.

Échos dans la pensée occidentale :

La tradition du "life writing" anglo-américain

  • Historiens comme Studs Terkel (États-Unis) qui a documenté les vies ordinaires d'Américains dans ses ouvrages magistraux
  • Working (1974) : 100 portraits de travailleurs américains racontant leur quotidien
  • Hard Times (1970) : témoignages d'Américains ayant traversé la Grande Dépression

Le mouvement de la "Public History" (particulièrement développé en Grande-Bretagne et Australie)

  • Reconnaissance que l'histoire n'appartient pas aux seuls académiques
  • Les archives de la BBC contiennent des milliers de témoignages de citoyens ordinaires
  • L'Australian Oral History Association documente les vies des Australiens depuis les années 1970

L'approche "witness" en mémoire collective

  • Les projets de témoignages de survivants (Holocauste, guerres) montrent que chaque vie est un document irremplaçable
  • Fondation Shoah (basée en France) : enregistrement systématique des survivants de l'Holocauste

3. L'Oralité et la Transmission : De la Kabylie à Madagascar

Notre méthode de recueil s'enracine dans les traditions orales de transmission.

En Kabylie, à Madagascar ou en Chine, la mémoire s'est longtemps transmise par le souffle et le verbe. Tasdawit utilise la rigueur numérique pour offrir un nouveau support à cette oralité millénaire, garantissant que le fil de la transmission ne soit jamais rompu.

Modèles inspirants du monde anglophone :

The British Library - Oral History Collection

  • Archive systématique des traditions orales depuis les années 1950
  • Enregistrements de conteurs, griots, musiciens traditionnels du Commonwealth
  • Conservation numérique des langues en voie de disparition

The Library of Congress - American Folklife Center

  • Créé en 1976, documente les traditions orales américaines : musique folklorique, contes, savoir-faire traditionnels
  • Archive de plus de 100 000 enregistrements audio et vidéo
  • Projet Veterans History Project : capture les récits des vétérans américains

The Smithsonian Folklife Festival (Washington D.C.)

  • Depuis 1967, célèbre les traditions orales et les cultures vivantes
  • Encourage la transmission intergénérationnelle et la documentation participative

New Zealand Oral History Association

  • Travail crucial de documentation des traditions maoris
  • Reconnaissance que l'oralité est une forme de savoir égale à l'écrit
  • Intégration des pratiques orales dans les archives numériques
  •  

L'originalité de ce projet réside dans cette alliance inédite de trois dimensions complémentaires :

  • La rigueur documentaire
  • La spiritualité de la mémoire
  • La culture du partage communautaire

Inspirations et lignées intellectuelles

Du côté anglo-américain :

  1. Studs Terkel (Working, Hard Times) — L'historien oral qui a transformé les vies ordinaires en archives historiques
  2. Oral History Association (États-Unis, 1966) — Pionnière de la documentation systématique de la mémoire vivante
  3. Human Library Organization (née à Copenhague, essaimée en Occident) — Le modèle communautaire de partage des récits
  4. StoryCorps — La technologie au service de la fraternité mémorielle

Penseurs et modèles inspirants :

  • Alessandro Portelli (oral historian italien) : "Les sources orales ne me disent pas ce qui s'est passé, elles me disent comment les gens ont expérimenté ce qui s'est passé"
  • Paul Thompson (British Oral History) : reconnaissance que l'histoire appartient à tous
  • Les projets de "community heritage" en Grande-Bretagne : archives locales gérées par les habitants eux-mêmes

 

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